Retraite des médecins : les trois étages CARMF et leurs erreurs
La retraite d'un médecin libéral ne se résume jamais à un seul régime : elle empile une base (CNAVPL), une complémentaire (CARMF) et une supplémentaire (ASV) réservée aux conventionnés. Trois étages, trois cotisations, trois valeurs de point — et autant d'occasions, pour un relevé, de comporter des droits mal reportés.
Trois régimes empilés, gérés par la CARMF
Tout médecin exerçant une activité libérale est obligatoirement affilié à la CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France). Mais derrière ce guichet unique se cachent trois régimes distincts, qui se cumulent :
- La retraite de base, gérée pour le compte de la CNAVPL, commune à toutes les professions libérales ;
- la retraite complémentaire, propre aux médecins ;
- la retraite supplémentaire (ASV), réservée aux médecins exerçant sous convention.
Chacun fonctionne par points, mais avec sa propre valeur de point et ses propres règles de cotisation. Comprendre cette architecture est le préalable indispensable pour vérifier que rien ne manque.
Premier étage : la base CNAVPL
La retraite de base suit les règles communes des professions libérales. Elle s'acquiert par points, calculés sur le revenu non salarié réparti en deux tranches de cotisation.
Une cotisation minimale, assise sur 450 fois le SMIC horaire, permet de valider trois trimestres même en cas de revenu très faible. Le régime attribue par ailleurs des points gratuits dans certaines situations : 100 points au titre du trimestre d'un accouchement, jusqu'à 400 points par an en cas d'incapacité d'exercice de plus de six mois.
Deuxième étage : la complémentaire CARMF
C'est le cœur de la retraite du médecin. La cotisation complémentaire est fixée à 11,80 % du revenu d'activité non salarié, dans la limite de 3,5 PASS, et donne droit à un maximum de dix points par an. La cotisation de l'année N est calculée sur le revenu de l'année N-2, sans régularisation ultérieure — un point essentiel : une année de revenu exceptionnel ou faible se répercute deux ans plus tard sur les points acquis.
Les deux premières années d'affiliation sont en principe exonérées de cotisation complémentaire (sauf pour le médecin installé après 40 ans). Des dispenses existent aussi pour insuffisance de revenus, maladie, ou maternité — et chacune de ces périodes est un point à vérifier sur le relevé, car elle peut donner lieu, ou non, à des points gratuits selon le motif.
Troisième étage : la supplémentaire ASV (conventionnés)
Le médecin exerçant sous convention cotise en plus au régime ASV (assurance vieillesse supplémentaire). Sa cotisation comprend une part forfaitaire de 5 751 € en 2026 et une part proportionnelle de 4 % des revenus (plafonnés à 5 PASS).
C'est ici qu'intervient une spécificité décisive : pour un médecin de secteur 1, les deux tiers de cette cotisation sont pris en charge par l'Assurance maladie. Le médecin ne paie donc qu'un tiers, mais acquiert des droits sur la totalité.
Où se logent les erreurs
La superposition de trois régimes aux règles différentes fait du relevé d'un médecin l'un des plus exposés aux anomalies. Les points de vigilance récurrents :
- Décalage N-2 mal régularisé. Les cotisations étant assises sur le revenu de deux ans plus tôt sans régularisation, une erreur de revenu déclaré se traduit durablement par un mauvais nombre de points.
- Statut conventionné mal pris en compte. Un passage secteur 1 / secteur 2, ou une période de déconventionnement, modifie la cotisation ASV et la prise en charge par l'Assurance maladie — une source classique de points ASV manquants.
- Périodes de dispense ou d'exonération (début d'activité, maladie, maternité) mal traitées, avec des points gratuits parfois non attribués.
- Remplacements et débuts de carrière : les années de remplacement, souvent à revenus irréguliers, sont fréquemment sous-reportées.
- Points gratuits d'incapacité non crédités après un arrêt prolongé.
Vos points sont-ils corrects sur les trois régimes ?
Base, complémentaire, ASV : un médecin doit vérifier trois relevés aux règles différentes. SmartRetraite confronte vos revenus déclarés aux points acquis et révèle les anomalies, étage par étage, avant la liquidation.
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En cas de décès, le conjoint survivant marié (non remarié) peut percevoir une réversion : 54 % sur la base, 60 % sur la complémentaire et sur l'ASV. Aucune condition de ressources sur la complémentaire et l'ASV ; une durée de mariage minimale de deux ans est en revanche exigée (sauf enfant issu de l'union), et le PACS comme le concubinage n'ouvrent aucun droit.
Côté départ, l'âge d'ouverture suit l'âge légal (64 ans pour les médecins nés à partir de 1968). La complémentaire ne comporte plus de décote, et la surcote récompense la poursuite d'activité au-delà de 62 ans — un levier d'optimisation propre à cette profession, à condition d'avoir d'abord purgé toute anomalie de points.
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