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Dossiers · Droits du conjoint

Pension de réversion : conditions, calcul et pièges à éviter

Au décès d'un assuré, son conjoint survivant peut percevoir une fraction de la retraite qu'il touchait ou aurait touchée. Mais derrière ce principe simple se cache l'un des dispositifs les plus disparates du droit français : chaque régime fixe son taux, son âge, sa condition de ressources et son traitement du divorce. Un même veuvage peut ouvrir un droit dans une caisse et le refuser dans une autre.

Par la rédaction d'erreur-retraite.frPublié le 28 mai 2026Temps de lecture : 12 min

Un droit unique, des règles éclatées

La pension de réversion représente une part de la retraite d'une personne décédée, reversée à son conjoint survivant. Selon la DREES, elle concerne près de 4,4 millions de personnes, en très grande majorité des femmes, dont elle constitue souvent une fraction décisive du revenu. Pourtant, il n'existe pas une réversion mais autant de réversions que de régimes : treize systèmes différents coexistent, avec des conditions qui n'ont jamais été harmonisées.

Cette fragmentation est la première source d'erreurs. Une veuve dont l'époux était cadre salarié relève simultanément du régime général (sa pension de base) et de l'AGIRC-ARRCO (sa complémentaire) : deux dossiers distincts, deux taux, deux conditions, deux délais. Oublier de réclamer l'une des deux revient à abandonner, parfois, plus de 40 % du droit total.

Les pensions de droit dérivé représentent en moyenne près d'un quart de la pension totale des femmes retraitées, contre une part marginale chez les hommes.

DREES, Les retraités et les retraites, édition 2024

Le régime général : 54 %, sous condition de ressources

Pour la retraite de base des salariés du privé, des artisans, des commerçants et désormais de la quasi-totalité des indépendants, la réversion obéit à trois conditions cumulatives.

Le taux est fixé à 54 % de la pension de base que percevait — ou qu'aurait perçue — l'assuré décédé. Si celui-ci touchait 1 200 € de pension de base, la réversion théorique s'élève à 648 €.

L'âge minimum du conjoint survivant est de 55 ans. Avant cet âge, aucune réversion du régime de base n'est servie, sauf dispositifs particuliers.

La condition de ressources est la plus piégeuse. Les ressources annuelles du survivant ne doivent pas dépasser un plafond fixé chaque année — environ 24 710 € pour une personne seule en 2026, davantage pour un couple recomposé. Au-delà, la réversion est réduite d'autant, voire supprimée.

Contrairement à une idée répandue, aucune durée minimale de mariage n'est exigée au régime général, et le remariage n'efface pas mécaniquement le droit : ce sont les ressources du nouveau foyer qui sont alors prises en compte, ce qui conduit souvent, dans les faits, à dépasser le plafond.

L'AGIRC-ARRCO : 60 %, sans condition de ressources

La complémentaire des salariés du privé applique une logique radicalement différente, et c'est là que se concentrent les oublis.

Le taux est de 60 % des points de retraite complémentaire du défunt — un niveau plus généreux qu'au régime de base. Surtout, il n'existe aucune condition de ressources : peu importe les revenus du survivant, la réversion complémentaire est due dès lors que les conditions d'âge et de situation matrimoniale sont remplies.

L'âge minimum est en principe de 55 ans, abaissé à 50 ans dans certains cas, voire supprimé lorsque le survivant a au moins deux enfants à charge ou est lui-même invalide. En contrepartie de cette générosité, le remariage met fin définitivement à la réversion AGIRC-ARRCO.

Dans la pratique, le piège récurrent est le suivant : le conjoint survivant, informé de la réversion par la CARSAT, suppose que cette démarche couvre l'ensemble de ses droits. Or l'AGIRC-ARRCO ne se déclenche pas automatiquement — elle suppose une demande spécifique, souvent intégrée à la demande unique de réversion mais qu'il faut impérativement vérifier.

Fonction publique : 50 %, sans âge ni ressources

Pour les fonctionnaires d'État, territoriaux et hospitaliers, les règles divergent encore. Le taux est de 50 % de la pension du défunt. Il n'y a ni condition d'âge, ni condition de ressources — un veuvage à 40 ans peut donc ouvrir droit immédiatement à réversion.

En revanche, une condition de mariage s'applique : il faut, en règle générale, justifier d'au moins quatre ans de mariage, ou que l'union ait été contractée au moins deux ans avant le départ en retraite du fonctionnaire, ou encore qu'un enfant soit issu du mariage. Et, comme à l'AGIRC-ARRCO, le remariage, le PACS ou le concubinage suppriment le droit.

Divorce, PACS, concubinage : les grands oubliés

Trois situations concentrent à elles seules une part majeure des droits perdus.

L'ex-conjoint divorcé non remarié conserve un droit à réversion au régime général et à l'AGIRC-ARRCO. En cas de pluralité de conjoints — un défunt marié deux fois — la réversion est partagée au prorata de la durée respective de chaque mariage. Beaucoup d'ex-conjoints ignorent purement et simplement ce droit et ne déposent jamais de demande.

Le partenaire de PACS et le concubin n'ont, eux, aucun droit à réversion, quelle que soit l'ancienneté du lien. C'est la limite la plus brutale du dispositif français : seul le mariage ouvre la réversion. Cette règle, souvent découverte au pire moment, justifie à elle seule un point de vigilance patrimonial pour les couples non mariés.

Le défunt avait-il fait valoir tous ses droits ?

Une réversion se calcule sur la carrière complète du conjoint décédé. Si son relevé comportait des trimestres ou des points oubliés, la réversion en hérite. SmartRetraite analyse un relevé de carrière et révèle les anomalies qui minorent la pension — et donc la réversion.

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Les erreurs qui amputent la réversion

Au-delà des conditions d'éligibilité, plusieurs erreurs techniques réduisent le montant effectivement versé.

  1. Ne réclamer qu'un seul régime. Pour un salarié, base et complémentaire sont deux dossiers : la demande unique de réversion en ligne sur info-retraite.fr les couvre normalement tous les deux, mais le suivi régime par régime reste indispensable.
  2. Hériter d'un relevé erroné. La réversion se calcule sur la pension du défunt. Si sa carrière comportait des trimestres manquants ou des points AGIRC-ARRCO mal reportés, la réversion reproduit fidèlement l'erreur. Faire corriger le relevé du défunt, même après son décès, est possible et parfois très rentable.
  3. Mal déclarer ses ressources. Au régime général, une déclaration imprécise peut faire basculer artificiellement au-dessus du plafond. Certaines ressources — dont la réversion complémentaire elle-même dans bien des cas — n'entrent pas dans le calcul.
  4. Laisser filer les délais. La réversion n'est pas rétroactive sans limite : déposée plus d'un an après le décès, elle ne prend effet qu'au premier jour du mois suivant la demande. Des mensualités sont alors définitivement perdues.

Combien reste-t-il, concrètement ?

Prenons un cadre du privé décédé qui percevait 1 600 € de pension de base et 900 € de complémentaire AGIRC-ARRCO, soit 2 500 € au total. Sa veuve, âgée de 62 ans et disposant de ressources sous le plafond, peut prétendre à :

  • 864 € au titre du régime général (54 % de 1 600 €), sous réserve de la condition de ressources ;
  • 540 € au titre de l'AGIRC-ARRCO (60 % de 900 €), sans condition de ressources.

Soit 1 404 € de réversion mensuelle. Omettre la part complémentaire, c'est renoncer à 540 € par mois — plus de 6 400 € par an, à vie. C'est précisément ce type d'oubli que la complexité du système rend si fréquent.

Anticiper de son vivant

La réversion ne se prépare pas seulement au moment du décès. Deux réflexes limitent considérablement le risque de perte de droits :

  • Vérifier régulièrement le relevé de carrière des deux conjoints : toute anomalie non corrigée du vivant de l'assuré se répercute mécaniquement sur la future réversion.
  • Mesurer l'exposition des couples non mariés : en l'absence de mariage, aucune réversion ne sera due. L'assurance décès, le PER ou une donation entre partenaires deviennent alors les seuls leviers de protection du survivant.
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